Mais ce qui m’a vraiment frappée cette année, c’est l’inquiétude des élus face aux incertitudes engendrées par la réforme des collectivités territoriales. La suppression brutale de la taxe professionnelle, même si chacun convient qu’elle devait être aménagée pour cesser de pénaliser les investissements industriels, la mise en place d’une nouvelle strate d’élus, les conseillers territoriaux, dont le statut et le mode d’élection répondent davantage à des objectifs politiciens qu’à l’intérêt général et à la simplification nécessaire des compétences des différentes collectivité, tous ces changements non concertés avec les associations d’élus ont engendré une inquiétude tout à fait légitime. Pour la seule Métro, les réformes en cours engendreront une perte de ressources de 36 millions d’euros, pour d’autres intercommunalités, la perte se monte à plus de 100 millions d’euros (source : simulations mises en ligne par le Ministère des Finances). D’une manière générale, sur tout le territoire, la réforme se traduit par une forte perte de produits fiscaux pour les territoires urbains, ceux là même qui ont les plus grands besoins en matière de solidarité, de charges de centralité. De plus, comme tout s’est fait dans l’urgence, à la suite d’une déclaration non concertée du Président de la République à la télévision, les simulations montrent l’amplification des déséquilibres entre les territoires : plus de ressources pour l’Ile de France, beaucoup moins pour les autres communes ou intercommunalités urbaines. Comment, raisonnablement, les élus peuvent-ils prévoir leurs investissements en équipements, en logements, dans un contexte aussi brouillé et aussi instable ? A terme, cela signifie des impôts supplémentaires pour le citoyen si l’on veut maintenir un bon niveau de service public de proximité pour la petite enfance, la culture, le sport, la santé, le maintien à domicile des personnes âgées. Imposer « à la hache » une telle réforme (le terme est celui d’un maire de la circonscription pourtant tout à fait modéré à l’ordinaire) dans un contexte de crise économique revient à freiner les investissements, donc à pénaliser l’emploi et la reprise économique. Quant on sait que 75 % des investissements publics aujourd’hui sont le fait des collectivités locales contre 25 % seulement pour l’Etat, proportion exactement inverse à celle d’il y a 20 ans, on mesure l’impact négatif d’une réforme mal engagée sur une économie lourdement frappée par la crise.