Oui à un Grenelle de la sécurité publique



Oui à un Grenelle de la sécurité publique
Depuis vendredi, le quartier de la Villeneuve de Grenoble symbolise les problèmes de sécurité urbaine que notre pays connaît depuis plusieurs années dans de nombreuses villes. J’ai habité la Villeneuve, j’ai aimé habiter ce quartier où mon fils aîné a pu bénéficier de la mixité sociale, de la qualité des équipements pour la petite enfance et de l’école maternelle. Nous y avons gardé des amis : certains d’entre eux ont déménagé, d’autres y sont restés, mais nous avons tous un attachement pour ce quartier. Cependant, au fil des années, entre 1983 et 1995, la mixité sociale a été volontairement dégradée et le quartier a perdu cet équilibre qui en faisait la qualité. L’équipe municipale de ces années là y a superposé toutes les précarités, sociales, économiques, familiales, psychologiques, la vie quotidienne y est devenue plus difficile et, surtout, une économie parallèle liée à différents trafics s’y est développée.

La crise économique et sociale et la diminution drastique des effectifs de police sur Grenoble (120 postes de policiers supprimés depuis 5 ans…) ont amplifié ce phénomène d’une économie délictueuse, dans un contexte de chômage des jeunes atteignant 40 % et une fragilisation de nombreuses familles monoparentales ou touchées par le chômage longue durée. Il ne s’agit pas pour autant de légitimer les violences urbaines de ce week-end, mais bien de les mettre en perspective. Michel Destot, député maire de Grenoble, avait martelé à maintes reprises depuis plusieurs mois et pas plus tard que la semaine dernière, la nécessité de mener une action de fond pour améliorer la sécurité publique. Faute d’avoir été entendu, les violences se sont développées à la suite du décès d’un jeune adulte (27 ans, multirécidiviste) auteur d’un braquage armé, poursuivi par la police.

Ce quartier, inséré dans la ville, dans lequel un certain nombre d’actions d’insertion, de retour à l’emploi (plus de 600 emplois ont été créés en 5 ans dans cette « zone franche urbaine », la seule du département) sont menées et pour lequel un réaménagement urbain majeur est programmé ne doit pas être tenu en otage par une minorité qui voudrait se l’annexer. Mais il aurait mieux valu traiter en anticipation les problèmes de trafic de drogue, d’économie parallèle plutôt que d’attendre que se produisent ces violences urbaines qui plongent tous les habitants dans un profond désarroi qui nous concerne tous.

J’ai lu dans « Rue 89 » un témoignage d’un sociologue qui relève, à juste titre, qu’il faut traiter de l’humain et pas seulement du bâti dans le projet de l’ANRU qui va démarrer. Cela veut dire effectivement « mettre le paquet » sur l’éducation dès la petite enfance pour la réussite scolaire, multiplier les actions d’insertion déjà en cours et associer plus que jamais les habitants à toutes ces actions. Mais il ne faut pas être angélique et les problèmes de sécurité doivent être traités sérieusement, au jour le jour, par des gens compétents et dont c’est le métier. Comment peut -on convaincre un jeune de s’engager dans un parcours d’insertion difficile alors que l’argent facile du deal le tente en permanence ? Au-delà des règlements de compte sanglants, c’est tout le processus d’éducation des jeunes et de préparation à une vie professionnelle normale que les trafics font exploser. Ce quartier, comme bien d’autres, je pense à Teisseire, Jouhaux, Abbaye, mérite mieux que ce qu’en disent trop facilement les médias, pour lesquels une diversion des « affaires » nationales est peut être bienvenue. Strasbourg, avec les voitures brûlées comptées dans les journaux et télévisions à Noël chaque année, avait connu cette même escalade stérile. Il ne faut reproduire cela nulle part et c’est pourquoi je soutiens la demande formulée par Michel Destot, en tant que Président de l’Association des Maires des Grandes Villes de France, de la tenue d’un Grenelle de la sécurité urbaine car, en réalité, c’est bien notre modèle de société, clivant socialement, qui est interrogé et auquel il faut répondre dès maintenant, de façon pragmatique.

Mardi 20 Juillet 2010


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