Portrait paru dans le "Journal des entreprises 38" "Geneviève Fioraso. La star de la mise en réseau"



À 55 ans, Geneviève Fioraso a changé de métier environ tous les cinq ans.
À 55 ans, Geneviève Fioraso a changé de métier environ tous les cinq ans.
Rencontre - JDE Edition Isère 38 : "Geneviève Fioraso. La star de la mise en réseau"
octobre 2009


Adjointe à la Ville de Grenoble, 1ere vice-présidente de la Métro en charge de l'économie et P-dg de SEM Minatec entreprises, la députée de l'Isère est un maillon incontournable du milieu économique grenoblois. À 55 ans, Geneviève Fioraso fait sauter les cloisons pour favoriser les coopérations fructueuses.

Geneviève Fioraso est un maillon fort du microsystème économique grenoblois. Celui qui arrive à faire travailler ensemble industriels, chercheurs et universitaires. «Mon boulot est de favoriser les coopérations, explique-t-elle. Le but est que 1+1 +1 fasse au final beaucoup plus que 3.» Avec sa démarche pragmatique, la députée de l'Isère est de tous les projets d'envergure de l'agglomération, dont Giant, un projet de 1,5 Md€ sur 15ans avec 14 maîtrises d'ouvrages différentes. Adjointe à l'économie à la Ville de Grenoble, 1ere vice-présidente de la Métro en charge du développement économique, P-dg de SEM Minatec entreprises, députée PS de l'Isère, qui participe à plusieurs commissions à l'Assemblée nationale, Geneviève Fioraso fait sauter les cloisons, à l'image de son parcours professionnel mais aussi de sa famille.

Des milieux sociaux opposés
«Mes parents étaient tous les deux Normaliens mais venaient de milieux sociaux complètement opposés, confie-t-elle. Ma mère était plutôt une aristocrate de Province désargentée, tandis que mon père venait du quart-monde paysan. J'ai donc toujours été en contact avec des mondes sociaux très différents, l'un où l'on se vouvoie entre époux et l'autre où l'on parle patois.» D'où sa forte conviction envers le modèle républicain. Et d'où son appartenance à la famille politique de gauche. «Je refuse que l'avenir de chacun soit pré-déterminé par son milieu social d'origine.» Fille de prof devenue prof, elle a eu «envie de prendre l'air» quand elle démissionne de l'Éducation nationale en 1978. Dotée d'une maîtrise d'anglais et d'économie, elle fait alors le choix de venir à Grenoble parce qu'elle y a de la famille et parce qu'elle trouve que c'est une ville ouverte à l'international où chacun amène sa pierre à l'édifice, qu'il soit boulanger, ingénieur,etc. «À Grenoble, on ne porte pas trop de jugement sur le pedigree des gens», note-t-elle. C'est d'ailleurs sans piston qu'elle intègre le service information de la mairie de Grenoble en 1979. «J'ai su qu'un poste se libérait par mon voisin du dessus qui travaillait dans ce service!» Et comme elle parle bien anglais, elle suit Hubert Dubedout, alors maire de Grenoble, sur des conférences internationales. En 1983, elle devient son assistante parlementaire. «J'ai beaucoup appris à ses côtés, se souvient-elle. J'ai appris à aimer la recherche. Comme il était ingénieur, il m'a aussi donné le goût des projets. Et il n'était pas non plus très à l'aise dans les clans. Il préférait le pragmatisme.»

La bougeotte

Elle l'a aussi vu perdre une élection. «Ce n'est pas le tout de faire plein de belles choses et d'être reconnu comme le meilleur maire de France, il faut aussi le communiquer et le faire partager, retient-elle. Ça, c'est mon côté un peu pédago.» C'est d'ailleurs en partie pour cette raison qu'elle a créé un blog, qui reçoit en moyenne 1.000visites par jour. «Il faut expliquer», répète-t-elle. Et c'est encore des cloisons qu'elle fait sauter quand elle intègre en 1989 l'équipe de direction de la start-up Corys émanée du CEA, où elle se charge des montages de projets de recherche européens. «J'étais la première personne extérieure embauchée, au milieu de physiciens. À un moment, ils m'appelaient Miss dollar, s'amuse-t-elle. C'est vrai. Ça ne sert à rien de chercher à faire le top du top si on ne le vend pas. Il faut coller à un cahier des charges et dégager de la marge pour réinvestir dans la R & D...» Une expérience qui lui plaît aussi beaucoup pour ses déplacements dans les pays de l'Est. «J'ai tissé un réseau européen qui me sert encore aujourd'hui. Et puis, ça m'a appris à me débrouiller, le "faut y aller".» En 1995, elle devient directrice de cabinet de Michel Destot, élu maire de Grenoble, puis adjointe à l'économie en 2001. P-dg de SEM Minatec entreprises depuis 2003, elle est l'une des chevilles ouvrières du pôle Minatec. À 55 ans, elle a changé de job environ tous les cinq ans. Geneviève Fioraso a la bougeotte.

«Je bosse tout le temps!»

Adjointe à l'économie à la Ville de Grenoble, 1ere vice-présidente de la Métro en charge du développement économique, P-dg de SEM Minatec entreprises et députée PS de l'Isère, Geneviève Fioraso est sur tous les gros projets de l'agglomération.
Pourquoi cumuler autant de fonctions?
Il y a des liens entre mes fonctions. Les objectifs sont toujours les mêmes: faire du lien, favoriser les coopérations. Par exemple, dans le projet de requalification de la presqu'île scientifique (NDLR: projet Giant), la Ville ne va financer, au final, qu'1%. Pour la mairie, la plus-value n'est donc pas tellement financière. Mais c'est bien la capacité à mettre en phase tous les intervenants, à prendre en compte ce que souhaitent tous les acteurs, à prévoir les développements futurs,etc. qui est importante. Ensemble, nous sommes encore plus efficaces. Et puis, il s'agit toujours de projets liés à l'économie. Finalement, les gens apprécient d'avoir toujours les mêmes interlocuteurs sur les mêmes projets quelle que soit la strate administrative concernée. De même, à Paris, je parle de ce qu'on fait à Grenoble. Je m'enrichis aussi des expériences qui ont lieu dans d'autres villes. Ici, je peux me servir de certaines réflexions des commissions auxquelles je participe.

Dans vos mises en réseau, n'avez-vous pas peur de favoriser une entreprise plus qu'une autre? La politique, c'est aussi une histoire de relations de pouvoir.

Non! Je ne suis pas du tout dans des relations de pouvoir. Je ne pense pas qu'il m'arrive de favoriser une entreprise plus qu'une autre. Ce qui compte avant tout, c'est la valeur des projets et comment ces projets vont être bénéfiques pour le territoire, notamment en termes d'emplois. C'est important de considérer toute la chaîne: l'innovation et la technologie sont importantes pour les entreprises mais il faut aussi penser à l'insertion et au social. Je ne joue pas le copinage. Au contraire, je suis sans doute plus exigeante avec les gens proches ou mes anciens collaborateurs.
L'influence des collectivités et de l'État sur l'économie n'est-elle pas limitée?
On a toujours une certaine marge de manoeuvre. Ici, les pôles de compétitivité, les filières électroniques et informatiques n'auraient pas la même importance sans l'intervention des pouvoirs publics.

Est-ce qu'on peut toujours dire que Grenoble est un laboratoire social? La ville n'est-t-elle pas plus "bobo "?

Il y a toujours des gens qui vivent dans une grande précarité. Dans ma circonscription, j'ai les extrêmes avec des communes très riches comme Corenc. Et d'autres, plus populaires, comme Teisseire ou le Grand Châtelet. La mixité sociale est certes ce qu'il faut réussir dans ces quartiers. Car pour que les gens réussissent, il faut intégrer des codes sociaux. Malgré tout, il y a une vraie chaleur dans ces quartiers. Et l'école fait un travail formidable. Elle est parvenue à remonter le niveau. Il y a tout un travail à faire par la culture, l'école, le sport, pour amener plus de mixité. On expérimente par exemple le "parler bambin" pour socialiser les enfants dès la petite enfance. Mais il ne s'agit pas d'un accompagnement social traditionnel. C'est une méthode inventée par des chercheurs grenoblois qui est en test. Il y a donc bien toujours ce genre d'expérience sociale.

Mais comment faites-vous pour tout faire?
Je bosse tout le temps! Regardez mon emploi du temps. Je suis occupée jusqu'à minuit environ! Même quand je vais au marché, je reviens avec des CV! De toute façon, j'ai la bougeotte. C'est comme ça. J'ai toujours beaucoup bossé. Et puis mes enfants sont grands maintenant: 22 et 30 ans. J'ai plus de temps pour m'impliquer comme je le fais. Pour mon prochain mandat (j'aimerais bien remplir un second mandat de députée), je m'allégerais peut-être un peu. Mais là, il y a trop de projets compliqués à ne pas manquer, comme Bouchayer-Viallet, la zone franche urbaine sensible, la presqu'île scientifique (Giant)... Je pense quand même à l'avenir. D'ailleurs, j'ai essentiellement des jeunes qui sortent des études autour de moi. Petit à petit, je passe le relais.

Parcours
Octobre1954
Naissance à Amiens
1975-1978
Professeur d'anglais
1979-1983
Chargée d'information puis responsable de la documentation presse à la Ville de Grenoble
1983
Assistante parlementaire d'Hubert Dubedout
1987
Co-fondatrice d'Agiremploi
1989-1995
Directrice adjointe de Corys en charge des projets européens de R & D
1995-1999
Directrice de cabinet de Michel Destot, maire de Grenoble
1999-2001
Directrice de l'agence régionale du numérique
Depuis 2001
1ere vice-présidente de la Métro au développement économique
2001-2004
Cadre marketing à France telecom Grenoble
Depuis 2003
P-dg de la SEM Minatec entreprises et présidente de l'IAE de Grenoble
Depuis juin2007
Députée de la 1ere circonscription de l'Isère

Elle aime:
- La littérature anglaise et américaine. «J'essaie toujours d'avoir un livre en cours, y compris des romans.» - Les grands espaces, le bord de l'océan, les Hautes-Alpes... «L'été, je pars en vacances sur une île au large de l'Écosse, j'ai besoin de me retrouver face à la nature une ou deux fois par an.»
Elle n'aime pas: - Les intrigues. «C'est souvent grossier et ça mange de l'énergie». - Les esprits de corps, de classe, ce qui cloisonne les gens.

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Portrait paru dans le "Journal des entreprises 38"  "Geneviève Fioraso. La star de la mise en réseau"

Lundi 5 Octobre 2009


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